1951 Le Vignoble et le Vin de Champagne by Georges Chappaz

LA TAILLE DE LA VIGNE EN CHAMPAGNE le Pinot exige moins de lumière que l’Aramon. C’est qu’il est aussi plus pré­ coce. En définitive, le défaut d’éclairement n’empêche pas la maturation et la coloration des grappes, mais il les retarde, et le retard est d’autant plus marqué que les variétés de vignes sont plus tardives ou cultivées dans des régions plus septentrionales. « Au reste, des faits d’observations courantes établissent aussi le bien- fondé des résultats de ces expériences; les raisins et les grains commencent à mûrir et à se colorer sur le côté exposé au soleil; les raisins placés à l'in­ térieur des souches mûrissent aussi plus tard que ceux qui sont à l’exté­ rieur. » Quant à l’action des feuilles, elle est bien connue et nous savons tous que c’est grâce à leur fonction chlorophyllienne que le sucre du raisin se forme sous l’action de la lumière. Toutefois donc qu’on enlève une feuille couvrant une grappe, on doit se demander si la lumière qui va arriver sur les grains du raisin, au moment de la maturité, peut compenser par son action bienfaisante la disparition de la petite usine à fabriquer du sucre que représentait pour nous la feuille enlevée. Si celte feuille est elle-même très éclairée et bien vivante, elle est plus importante à conserver que si elle est en partie à l’ombre d’autres feuilles, ou si elle est déjà vieillie et par suite moins active. En 1909, 1910, 1911, M. RAVAZ a poursuivi des expériences d’effeuil­ lage sur des Carignans, des Aramons, des Chasselas, des Pinots noirs, des Gamay et des Grenaches. Ses conclusions étaient les suivantes : « Il semble que l’efficacité de l’effeuillage est liée à la direction des rameaux et à la durée de la croissance. Les vignes faibles, qui cessent tôt de pousser, les vignes à port érigé, soit par suite de leur faiblesse, soit par suite de leur nature ou du palissage, sont donc celles qui doivent le plus en bénéficier. « Les vignes vigoureuses, à croissance prolongée, ou aux sarments recourbés sur fil de fer, en bénéficient moins ou en souffrent. « Cette diversité dans les résultats de cette opération, s’explique peut- être, si l’on se rappelle : 1° que la suppression des feuilles, même des feuilles de la base, diminue la surface d’assimilation : effet nuisible; 2° que l’exposition des grappes au soleil favorise leur maturation, on sait comment : effet utile. Mais pour que ce dernier l’emporte, il ne faut pas que d’autres centres d’attraction — tels les extrémités en voie de croissance et les entre-cœurs — viennent changer la direction de la migration du contenu cellulaire, il ne faut pas non plus que des barrages, tels que l'inci­ sion annulaire, les courbures, etc...., viennent ralentir la migration vers les grappes. Or, les vignes vigoureuses restent longtemps en voie de crois­ sance, et les vignes dirigées sur fil de fer, ou non palissées, ont des rameaux plus ou moins fortement recourbés. « Et dans les conditions ordinaires, l’effeuillage est plutôt utile que nuisible à la qualité des produits. C’est donc une pratique très recomman­ dable pour l’obtention de vins de haute qualité. »

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